16/11/2009

Mobility. Prison. Class. Strands of society from sociology and rap -- (English)

According to an online dictionnary, a strand is "a pattern forming a unity within a larger structural whole". Can a juxtaposition of quotes from a book* by the sociologist Zygmunt Bauman and some songs** of french rap (with english subtitles) bring light to some aspects of a larger structural whole ? If you have about half an hour, you can see for yourself.


"The mobility enjoyed by "the people who invest" - who have the capital, the money needed for investment - brings about a disengagement of power towards any duty, a phenomenon which takes a new form, of a yet unseen radicality : no more duties towards the workers, towards the youngest or weakest, towards future generations, towards the preservation of the condition of life. In one word, we are witnessing the end of the duty to contribute to everyday life of the community, and its perpetuation. Today exists an assymetry of a new kind between the deterritorialized nature of power and the maintenance of "life in general" in its territorial frames - life which the new power, able to move suddenly and without warning, is free to exploit, and to abandon to the consequences of this exploitation."
Bauman, 1999, p. 20.




"The summit of the new hierarchy is extra-territorial; its lower strata are marked by varying degrees of spatial constraints, and the lowest is that of the glebae adscripti (those who are ascribed to the glebe), exploitable at leisure. "
Bauman, 1999, p. 160



"The state that seems the most awful to us, the most cruel and ghastly, is forced immobility, the fact of being enchained somewhere without having the right to leave; what makes this situation unbearable, is impossibility to move, rather than frustration which would come from an actual desire to leave. Not being able to move is a remarkable sign of impotence, incapability and pain. (...) Immobilization is the fate that people who are haunted by their own immobilization would like to see imposed on whom they are afraid of, and who deserve to their eyes an exemplary and cruel punishment."
Bauman, 1999, pp. 183-184.



About why the penal system strikes lower classes harder than higher classes, Bauman gives the following reasons :

"On the one hand, we find the particular intents of lawmakers, who have a very precise notion of order. What actions are susceptible to find a place in the Penal Code ? Acts which can committ those who are excluded from this notion of order : losers and oppressed ones. Stealing the resources of entire nations, is "promoting free enterprise"; stealing the livelihood of whole families and communities, is called "downsizing", or "rationalizing". Those two thefts are of course not inscribed in the list of criminal acts and susceptible to sanction."
Bauman, 1999, p. 185




(Lyrics -in french - here)



"On the other hand, as every police services dealing with this kind of affairs know, illegal behaviors committed at the "summit" of the hierarchy are hardly separable from the tight web of day-to-day and "ordinary" affairs. (...) The crimes of "high society" are ill-defined, and are furthermore extremely difficult to track down. (...) These crimes imply a degree of financial and juridical sophistication, almost impossible to understand for an outsider, especially if he is profane or unexperienced. These wrongdoings are "disembodied", they are without physical substance; they "exist" in pure space, in the imaginary space of pure abstraction : they are literally invisible. Relying on its intuition and its common sense, the population can suspect that the constitution of fortunes is punctuated with thefts, but nothing is more difficult than to point a precise action. (...) It is hard to see how judging the convicted ones could alleviate the everyday sorrow hauting poor neighborhoods or dangerous streets of our cities. There is thus not really any political advantage to get for who "actually" act against crimes "at the summit" . "
Bauman, 1999, 186-188.








* I translated the quotes from a french edition : Zygmunt Bauman, 1999, Le coût humain de la mondialisation , Hachettes. [1998, Globalization. The Human Consequences, Polity Press and Blackwell publishers]
** Kery James - Banlieusards // Kery James - Thug Life // Mafia K'1 Fry - C'est la Guerre // Keny Arkana - La Rage // Ideal J - Hardcore //
- Subtitles by youtuber hiphopisdead92.

Mobilité. Prison. Classe. -- (Français)

"La mobilité dont bénéficie "les gens qui investissent" - ceux qui détiennent le capital, l'argent que nécessite l'investissement - entraîne un désengagement du pouvoir à l'égard de toute obligation, phénomène qui prend une forme nouvelle, d'une radicalité jamais vue jusque-là : plus de devoirs à l'égard des employés, ni même des plus jeunes et des plus faibles, à l'égard générations à venir, de la préservation des conditions de vie. En un mot, on assiste à la fin du devoir de contribuer à la vie quotidienne de la communauté et à sa perpétuation. Il existe aujourd'hui une asymétrie d'un nouveau genre entre la nature déterritorialisée du pouvoir et la maintien de la "vie en générale" dans des cadres territoriaux - cette vie que le nouveau pouvoir, capable de se déplacer brusquement ou sans prévenir, est libre d'exploiter, et d'abandonner aux conséquences de cette exploitation."
Bauman, 1998, p. 20.








"Le sommet de la nouvelle hiérarchie est extraterritoriale; ses couches inférieures sont marqués par des degrés variables de contraintes spatiales, et la plus basse est celle des glebae adscripti (ceux qui sont assignés à la glèbe) », taillable et corvéables à merci."
Bauman, 1998, p. 160




"L'état qui nous paraît le plus abominable, le plus cruel et le plus détestable, c'est l'immobilité forcée, le fait d'être enchaîné quelque part sans avoir le droit de partir; ce qui rend cette situation insupportable, c'est l'impossibilité de bouger, plutôt que la frustration qui viendrait d'un désir effectif de partir. Ne pas pouvoir bouger est un signe remarquable d'impuissance, d'incapacité et de souffrance. (...) L'immobilisation est le sort que les gens hantés par leur propre immobilisation souhaiteraient naturellement voir imposer à ceux dont ils ont peur, et qui méritent à leurs yeux un châtiment cruel et exemplaire."
Bauman, 1998, pp. 183-184.


A propos du fait que le système pénal frappe plus durement les classes inférieures que les classes supérieures, Bauman donne les raisons suivantes :

"D'une part, on trouve les intentions particulières des législateurs, qui ont une idée très précise de l'ordre. Quelles sont les actions susceptibles de trouver une place dans le Code Pénal ? Les actes que sont susceptibles de commettre ceux qui sont exclus de cette idée d'ordre : les perdants et les opprimés. Voler les ressources de nations entières, c'est faire la « promotion de la libre entreprise »; voler le gagne-pain de familles et de communautés entières, cela s'appelle « dégraisser », ou « rationaliser ». Ces deux vols ne se trouvent évidemment pas enregistrés dans la liste des actes criminels et donc passibles de sanction."
Bauman, 1998, p. 185





"D'autre part, comme le savent bien tous les services de police qui s'occupent de ce genre d'affaires, les agissements illégaux commis au « sommet » de l'échelle sont difficiellement séparables du réseau serré des affaires quotidiennes et « ordinaires ». (…) Les crimes de la « haute » sont mal définis, et ils sont en outre extrêmement difficile à repérer. (…) Ces crimes impliquent un degré de sophistication, juridique et financière, pratiquement impossible à comprendre pour quelqu'un d'extérieur, surtout s'il est profane ou inexpérimenté. Ces méfaits sont « désincarnés », ils sont dépourvus de substance physique,; ils « existent » dans l'espace pure, l'espace imaginaire de l'abstraction pure : ils sont littéralement invisibles. En se fiant à son intuition et à son bon sens, la population peut se douter que l'histoire de la constitution des fortunes est jalonnée de vols, mais rien n'est plus difficile que de pointer du doigt une action précise. (…) On voit mal en quoi le fait ce juger les accusés allégerait le moins du monde le mal quotidien rôdant dans les quartiers douteux et les rues dangereuses de nos villes. Il n'y a donc pas vraiment d'avantage politique à tirer pour celui qui agit « bel et bien » contre les crimes « au sommet »." Bauman, 1998, 186-188.
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Source :

Zygmunt Bauman, 1999, Le coût humain de la mondialisation , Hachettes.

Kery James - Banlieusards // Kery James - Thug Life // Mafia K'1 Fry - C'est la Guerre // Ideal J - Hardcore //