"La mobilité dont bénéficie "les gens qui investissent" - ceux qui détiennent le capital, l'argent que nécessite l'investissement - entraîne un désengagement du pouvoir à l'égard de toute obligation, phénomène qui prend une forme nouvelle, d'une radicalité jamais vue jusque-là : plus de devoirs à l'égard des employés, ni même des plus jeunes et des plus faibles, à l'égard générations à venir, de la préservation des conditions de vie. En un mot, on assiste à la fin du devoir de contribuer à la vie quotidienne de la communauté et à sa perpétuation. Il existe aujourd'hui une asymétrie d'un nouveau genre entre la nature déterritorialisée du pouvoir et la maintien de la "vie en générale" dans des cadres territoriaux - cette vie que le nouveau pouvoir, capable de se déplacer brusquement ou sans prévenir, est libre d'exploiter, et d'abandonner aux conséquences de cette exploitation."
Bauman, 1998, p. 20.
"Le sommet de la nouvelle hiérarchie est extraterritoriale; ses couches inférieures sont marqués par des degrés variables de contraintes spatiales, et la plus basse est celle des glebae adscripti (ceux qui sont assignés à la glèbe) », taillable et corvéables à merci."
Bauman, 1998, p. 160
"L'état qui nous paraît le plus abominable, le plus cruel et le plus détestable, c'est l'immobilité forcée, le fait d'être enchaîné quelque part sans avoir le droit de partir; ce qui rend cette situation insupportable, c'est l'impossibilité de bouger, plutôt que la frustration qui viendrait d'un désir effectif de partir. Ne pas pouvoir bouger est un signe remarquable d'impuissance, d'incapacité et de souffrance. (...) L'immobilisation est le sort que les gens hantés par leur propre immobilisation souhaiteraient naturellement voir imposer à ceux dont ils ont peur, et qui méritent à leurs yeux un châtiment cruel et exemplaire."
Bauman, 1998, pp. 183-184.
A propos du fait que le système pénal frappe plus durement les classes inférieures que les classes supérieures, Bauman donne les raisons suivantes :
"D'une part, on trouve les intentions particulières des législateurs, qui ont une idée très précise de l'ordre. Quelles sont les actions susceptibles de trouver une place dans le Code Pénal ? Les actes que sont susceptibles de commettre ceux qui sont exclus de cette idée d'ordre : les perdants et les opprimés. Voler les ressources de nations entières, c'est faire la « promotion de la libre entreprise »; voler le gagne-pain de familles et de communautés entières, cela s'appelle « dégraisser », ou « rationaliser ». Ces deux vols ne se trouvent évidemment pas enregistrés dans la liste des actes criminels et donc passibles de sanction."
Bauman, 1998, p. 185
"D'autre part, comme le savent bien tous les services de police qui s'occupent de ce genre d'affaires, les agissements illégaux commis au « sommet » de l'échelle sont difficiellement séparables du réseau serré des affaires quotidiennes et « ordinaires ». (…) Les crimes de la « haute » sont mal définis, et ils sont en outre extrêmement difficile à repérer. (…) Ces crimes impliquent un degré de sophistication, juridique et financière, pratiquement impossible à comprendre pour quelqu'un d'extérieur, surtout s'il est profane ou inexpérimenté. Ces méfaits sont « désincarnés », ils sont dépourvus de substance physique,; ils « existent » dans l'espace pure, l'espace imaginaire de l'abstraction pure : ils sont littéralement invisibles. En se fiant à son intuition et à son bon sens, la population peut se douter que l'histoire de la constitution des fortunes est jalonnée de vols, mais rien n'est plus difficile que de pointer du doigt une action précise. (…) On voit mal en quoi le fait ce juger les accusés allégerait le moins du monde le mal quotidien rôdant dans les quartiers douteux et les rues dangereuses de nos villes. Il n'y a donc pas vraiment d'avantage politique à tirer pour celui qui agit « bel et bien » contre les crimes « au sommet »." Bauman, 1998, 186-188..
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Source :
Zygmunt Bauman, 1999, Le coût humain de la mondialisation , Hachettes.
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